Purple

 

La vie en rose d’Edith Piaf n’était franchement pas la mélodie que j’avais en tête lorsque je suis allé me fournir en film argentique

j’étais plus en mode pragmatique: que vais-je trouver d’un peu différent comme matériel à faire avaler à mon fidèle appareil Leica des années 90.

En arrivant à ma boutique préférée (petite parenthèse: Photo Gare à Morges, où l’équipe y est adorable et pro. N’hésitez pas à y faire un tour!),

L’envie de travailler sur un support plus aléatoire me titillais.

Alors, lorsque Elisa, la sympathique vendeuse prends bien le temps de me présenter les différentes pellicules que le magasin tient à disposition, le Purple de Lomography arrive dans ses propositions.

Ses explications et arguments sur les spécificités de ce produit sont très convaincants.

Et là, comme un clin d’oeil aussi décalé que ce film (nous y reviendrons), un refrain plus contemporain à mes jeunes années, le magnifique “slow” de Prince: Purple Rain me vient en tête…

Donc je me dis qu’il faut que je teste cette péloche (cf. nom familier lorsqu’il s’agit de nommer une bobine de film…) !

Voilà pour la petite histoire… qui commence comme ça. Mais sans la pluie de la chanson !

Alors C’est quoi Purple, c’est qui Lomography ?!?

Note importante de ma part avant de poursuivre: n’hésitez pas à cliquer sur les liens soulignés et en gras dans le texte; ils vous mènent aux pages adéquates pour étoffer le contenu que je vous présente ici. Des liens que je pense intéressants à consulter sur le sujet !

Une autre idée de la photographie

L’aventure naît, au tout début des années 1990, en Autriche autour d’un petit appareil photo d’origine soviétique ( le LOMO LC-A ) aux résultats imprévisibles. Là où toute l’industrie photographique de l’époque cherchait la perfection technique, le Lomo cultivait le grain, les fuites de lumière, le vignettage, les dominantes étranges, un certain flou et les accidents poétiques.

La décision de fonder la Lomographic Society International (LSI) fut finalement prise. Très vite, la marque développe une véritable philosophie, fondée sur l’expérimentation, l’instinctif et le plaisir assumé de photographier sans (trop) réfléchir.

Justement, vinrent les légendaires « 10 règles d'or de la Lomographie » qui furent rédigées et publiées plus tard dans le journal « Wiener Zeitung »,

accompagnées du révolutionnaire « Manifeste de la Lomographie ».

Peu après, la mairie de Vienne mit à la disposition de la LSI une maison vide située sur la Breitegasse. C’est là que se tint la toute première exposition du genre Lomography.

Lors de cette exposition, 700 LOMO LC-A furent vendus et l'une des caractéristiques les plus emblématiques de Lomography vit le jour :

le premier LomoWall (2002-2003) !

Mais l’histoire ne s’arrête pas qu’à une esthétique et une pratique, elle aide à sauvegarder un savoir faire.

Au tout début des années 2000, alors que le numérique s’impose massivement et que l’argentique semble condamné à disparaître, la société prend un pari à contre-courant. La marque continue à produire des pellicules, relance des films abandonnés, soutient des usines menacées de fermeture et maintient une chaîne de production que beaucoup considéraient comme complètement obsolète.

À cette époque, photographier sur film n’était plus une évidence. C’était devenu un geste de résistance, parfois (mal) perçu comme totalement archaïque, couteux et inutile. En rendant l’argentique ludique, accessible et à nouveau désirable, Lomography a largement contribué à son retour progressif.

L’essor actuel de la photographie argentique doit donc beaucoup à cette période charnière, entre les années 2000 et le début des années 2010, où certaines pratiques ont été préservées alors qu’elles semblaient vouées à disparaître.

Et maintenant, de nouvelles générations de photographes ont redécouvert le film, non pas par nostalgie, mais par envie d’expérimenter autrement et de revenir à la création d’une image sur un support matérialisé.

La pellicule Purple s’inscrit pleinement dans cet héritage.

Décalée, une pellicule qui fait glisser les couleurs.

On est sur ce qu’on appelle communément un film expérimental.

Le principe est simple mais déroutant.
Les couleurs changent de place. Les verts prennent des tons violets, lilas ou magenta. Les bleus virent au cyan. Les rouges et les jaunes restent moins altérés, comme des points de repère tout de même légèrement déréglés.

Ce rendu n’est pas un effet ajouté après coup sur un logiciel. Il s’inscrit dans la chimie même de la pellicule. Chaque image devient une création unique, révélée seulement par un développement en laboratoire.

Quelques exemples concrets sur une même scène entre ce film et une capture digitale:

Pourquoi utiliser une péloche comme ça ?

Parce que la photographie n’est justement pas obligée d’être un miroir fidèle.

Ce qu’elle n’est jamais (mais cela fera certainement l’objet d’un futur article).

Elle est un language à part entière.

Ce film ne promets ni fidélité, ni perfection technique. Il récompense l’audace, la curiosité, l’envie d’explorer; un espace de jeu et de recherche, plutôt qu’une simple copie d’un réel.

Et, comme on ne maîtrise jamais complètement le résultat, c’est précisément ce qui en fait sa richesse. Chaque déclenchement devient une hypothèse. Chaque image, une découverte.

Ce qui en fait tout l’attrait à mes yeux.

Finalement.

Voir en violet, parfois, suffit à rappeler que le regard n’est jamais neutre.

Les images qui accompagnent et terminent ce texte sont toutes de ma création.

Elles déplacent le regard, le temps d’une image et de ces quelques instants.

Après cela, le monde peut sembler inchangé.

Ou pas tout à fait…

Jean-Luc Barmaverain

Jean-Luc Barmaverain

Né en 1971 à Lausanne, Suisse. Vit et travaille à Lausanne.

Jean-Luc Barmaverain est un photographe suisse actif dans les domaines de la photographie de presse et de la photographie d’art. Il est diplômé du Collège Marsan à Montréal et titulaire d’un certificat de photographe RP délivré par la Fédération suisse des journalistes.

Depuis 1999, il collabore avec de nombreux titres de la presse suisse et internationale, dont 24 Heures, L’Illustré, Le Matin, Femina, Blick, Svenska Dagbladet, ainsi que Le Journal de Montréal et La Presse durant sa résidence au Canada (2004–2010). Il réalise également des commandes pour des institutions, des entreprises et des clients privés. Il travaille depuis plus de dix ans comme photographe pour la Fédération romande des consommateurs (FRC).

Parallèlement à ses activités éditoriales, il développe un travail personnel structuré en séries photographiques au long cours. Ses créations explorent les relations entre l’humain, le vivant et le paysage, en particulier dans le milieu forestier, en y intégrant une dimension autobiographique discrète. Il cherche ainsi à susciter, chez le spectateur, un écho intime et réflexif.

https://www.jeanlucbarmaverain.com
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Jorat Givré